Princeps ou génériques : « c'est la même chose », le plus important c’est la DCI !


Le marché du médicament est inondé de noms commerciaux divers et variés : ceux des spécialités de références et ceux des génériques. Une tendance excessive au marketing qui finalement engendre dans l’esprit des usagers de santé, une certaine confusion qui à son tour aboutit de façon générale à une préférence systématique pour le médicament original au détriment des spécialités génériques.




CAS PRATIQUE: vous vous rendez dans votre pharmacie habituelle avec l’ordonnance que votre médecin traitant vous a délivrée quelques heures plus tôt. Il y est mentionné « IBUPROFENE 200 mg x 2 boîtes ». Vous confiez votre ordonnance à la vendeuse qui revient quelques instants après avec deux boîtes de « IBUPRADOLL® 200 mg, comprimé pelliculé ». Évidemment, vous êtes surpris. La vendeuse, voyant l’expression sur votre visage, tente maladroitement de vous rassurer en vous lâchant un banal « C’est la même chose ! ». 

Une chose est sûre, c'est qu'elle vous aura dit vrai. Malheureusement, vous le dire ainsi sans plus de pédagogie n’est pas tout à fait dans votre intérêt. Car il est fort probable que même si vous acceptez finalement le produit proposé, vous demeuriez malgré tout quelque peu méfiant. Cette méfiance pourrait à son tour vous amener à vous montrer non-observant (c'est-à-dire désobéissant face aux prescriptions médicales ----> VOIR notre article sur la non-observance), une attitude qui pourrait éventuellement aboutir à un échec du traitement, pire, à une dégradation de votre état de santé. Vous ne voulez certainement pas en arriver là !


  • Alors, que faut-il vraiment entendre par « c’est la même chose » ?

Ce qu'il faut savoir, c'est que les médicaments originaux et les génériques sont faits du même bois, c'est-à-dire qu'ils sont composés des mêmes principes actifs; ils obéissent aux mêmes conditions de mise sur le marché et font tous l'objet d'une surveillance régulière (pharmacovigilance).


Ce que les génériques ont de différents, hormis leur apparence et leur conditionnement, c'est qu'ils sont :

- d'une part, plus intéressants pour le portefeuille du consommateur puisqu'ils sont moins coûteux et généralement mieux remboursés par la sécurité sociale (CNAMGS) : par exemple, le Doliprane® et l'Efferalgan® sont chacun remboursés à hauteur de 50% quand la prise en charge de leur alternative générique, le Paracétamol EG (le sigle EG pour "EuroGenerics", nom du laboratoire pharmaceutique) varie de 80 à 100%.[1]

- d'autre part, souvent pauvres en excipients à effet notoire qui sont en revanche très utilisés dans la composition des princeps (ex. le Mannitol ou E 421 qui "peut entraîner un effet laxatif léger", ou encore le Saccharose qui "peut être nocif pour les dents")[2]


En réalité, en rédigeant sa prescription, votre médecin a simplement fait le choix d'indiquer la dénomination commune internationale (DCI) du principe actif du médicament qu'il vous recommande, en lieu et place d’un quelconque nom commercial sous lequel celui-ci est vendu. Cela signifie deux choses :

1. Le vrai nom d’un médicament c’est sa DCI

2. Votre médecin n’est pas attaché aux marques et n'a rien contre l’usage des génériques.


  • Qu’est-ce que la DCI ?

La DCI c'est le nom commun des médicaments. Elle sert à identifier les substances médicamenteuses. Chaque DCI est « élaborée et recommandée par l'OMS, selon un programme mis en place en 1953 ». Elle figure sur l’emballage des médicaments soit en dessous du nom commercial utilisé par le laboratoire (la marque ®) soit seule en grand caractère suivie du nom du laboratoire pharmaceutique qui l'exploite. Certains génériques sont plus facilement identifiables grâce au suffixe « Gé » affiché à la suite du nom commercial.




  • Quel est l’intérêt de parler en DCI ?

Parler en DCI c’est avant tout s’affranchir du diktat des marques pharmaceutiques. Mais d’un point de vue strictement médical, parler DCI permet de responsabiliser le patient dans sa manière de consommer les médicaments. Il sait vraiment ce qu'il consomme et se montre dès lors plus regardant en évitant notamment les éventuels surdosages et autres effets indésirables graves que pourraient occasionner les mélanges de médicaments (identiques dans leur composition quoique distincts en ce qui concerne leur packaging) qu'il serait par exemple tenté de faire, dans une quête désespérée de soulagement de sa douleur.



 

[1] Liste des médicaments remboursables CNAMGS version 2018

[2] Source : ANSM (France), Le répertoire des médicaments génériques

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